Photographier un accouchement

Cela n’est pas très répandu en France car c’est un acte très médicalisé et surveillé ici. L’accouchement à domicile ou en « maison de naissance » qui existe chez nos amis anglophone ou ailleurs n’est pas encore entré dans nos moeurs. Toutefois ce mouvement grandit et de nombreuses mamans (ou futures-mamans) font entendre leur voix pour une délivrance plus en douceur.

Dans ce sens, cela ne m’étonnerait pas que progressivement le reportage de naissance trouve des adeptes par chez nous aussi. Vanessa Amiot fait partie des initiatrices du mouvement, et nous raconte dans cet article son expérience.

Qui es-tu ? Comment la photographie est entrée dans ta vie ?

Je suis Vanessa, j’ai 35 ans , je vis en Haute Savoie. Cela fait désormais 4 années que j’ai créé mon entreprise.

La photo a toujours fait partie de ma vie mais c’est à l’arrivée de mes enfants, et surtout de mon second que tout a changé. J’ai commencé à me former car je souhaitais faire plus que de jolies photos, je souhaitais transmettre quelque chose, m’exprimer à travers celles ci. Quand mon mari et moi avons décidé de déménager c’était le bon moment pour tout changer et tenter l’aventure.

Es-tu portrait ou paysage ?

En format, définitivement paysage, je dirai à 90%.

En revanche, je suis « portrait » sans aucun doute. Je trouve mes photos de paysages bien fades! Et j’ai besoin de personne sur mes photos, je n’arrive pas à faire autrement.

Les préparatifs à l'accouchement, les contractions. Un reportage photos pour écrire l'histoire d'un enfant, dès ses premières secondes.

Lors d'une reportage photos de naissance, le corps médical est aussi présent. Ils seront intégrés aux images et à l'histoire de l'enfant à naître.

Quelles sont tes sources d’inspiration ? tes photographes préférés ?

Il y en a trop, de toutes générations et de tous styles. J’ai longtemps été plus intéressée par l’image que par son auteur… Une photo pouvait me toucher et le reste pas du tout. Je ne m’attardais pas forcément sur la personne derrière le cliché, cela a changé avec le temps!

Concernant la photographie d’accouchement, je suis le travail des photographes américains, ils sont tellement en avance sur nous! Ils font même des reportages magnifiques sur les césariennes. Je trouve ça dingue!! J’aime aussi beaucoup le travail de la photographe belge Marijke Thoen.

Le reportage de naissance. Quelle est la différence avec la séance nouveau-né ?

Raconter à un enfant sa venue au monde est très différent d’une séance durant laquelle on immortalise ces premiers moments en famille. Ils grandissent si vite que garder une trace de leurs premières semaines est très important. Le reportage de naissance ne raconte pas la même chose, il écrit l’histoire de sa naissance, la fin d’une grossesse et le début d’une nouvelle aventure .

Durant la naissance d'un enfant, le rôle du papa est important. Ces images révèleront le soutien et l'amour dans l'attente de cet enfant.

La naissance est aussi synonyme de douleurs et contractions.

Qu’est-ce qui te plait le plus ?

Depuis mes débuts je rêvais de proposer ce type de reportage aux futurs parents.

Ce qui me passionne le plus n’est pas la délivrance en elle-même,même si on peut faire de superbes photos de cet instant. C’est ce qui se passe avant et après celle-ci. Ces émotions, on ne les ressentira plus jamais. Chaque accouchement est unique, que ce soit notre premier ou troisième enfant… Rien ne sera plus comme avant.

J’aime aussi observer cette connexion entre le papa et la maman, ce qui passe dans leurs gestes et leurs regards. Tout ce qui se joue me touche profondément, voilà pourquoi j’ai souhaité offrir ces souvenirs.

Comment se passe ce type de reportage ?

J’emporte avec moi le strict minimum: mon appareil, 2 objectifs ( 24 mm 1.4 et 50 mm 1.2) et une batterie de secours. Un accouchement, c’est long! Je me dois d’être la plus discrète possible,donc je m’embarrasse pas, je ne veux déranger ni les parents, ni l’équipe médicale.

Evidemment aucune lumière artificielle qui dérangerait la maman. Elle a besoin d’une lumière douce pour mettre au monde, c’est hormonal.

Je pense vraiment que pour le reportage de naissance le mot d’ordre c’est l’adaptation. On doit être invisible et faire avec le lieu, la salle , la luminosité, le personnel.

La rencontre avec son bébé. Les première secondes. La délivrance, un moment fort en émotions.

Le premier regard avec son bébé.

Quelles difficultés as-tu rencontré ?

La première difficulté c’est la vision que les gens ont de ce type de reportage. Alors oui un accouchement c’est des cris, de la douleur et du sang, mais c’est surtout de l’amour ! On peut faire de jolies photos d’une délivrance sans que ce soit sale. Photographier un accouchement n’est pas non plus du voyeurisme.

Quand j’ai publié mon premier reportage les retours ont été très positifs et je pense que les gens ont compris mon message, j’en suis très heureuse!

La seconde difficulté, et la plus importante en l’occurence, reste le corps médical. Il y a quelques semaines, on m’a refusé l’accès à une maternité alors que les futurs parents en avaient parlé à plusieurs reprises, que leur projet de naissance était clair… et que ça avait été validé.

As-tu des conseils pour les photographes qui souhaiteraient se lancer dans ce type de reportage ?

Je pense qu’il faut savoir pourquoi on veut le faire, et vraiment en avoir envie, car ce n’est pas si facile qu’il n’y parait. Cela demande beaucoup de temps de présence en amont.

Les futurs parents doivent avoir confiance en vous, être à l’aise avec vous, vous rentrez dans ce qu’ils ont de plus intime donc il est important de leur consacrer du temps régulièrement.

Il faut savoir que si vous avez une famille, cela aura un impact sur tous et sur l’organisation. Par exemple un mois avant le terme, mon téléphone est allumé constamment, il faut être prêt à partir de jour comme de nuit. Cela a aussi un impact sur le travail. Il faut pouvoir bouleverser son emploi du temps au dernier moment, ce n’est pas toujours évident.

Enfin, il faut être prêt à ce que parfois cela ne se passe pas comme prévu. Un refus de l’équipe présente et ce sont des mois de préparations qui tombent à l’eau. Il peut y avoir des complications, et là ça devient délicat, il faut trouver sa place et arriver à gérer la situation.

Soyez prêt à pleurer de joie, ce que vous vivrez est puissant !
Soyez prêt à vous attacher à ses couples et à ses nouveaux nés, parce que le lien qui vous unira sera fort.

Logo Vanessa Amiot

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1 Comment

  1. Très belle interview.
    Ce sont des moments assurément d’une grande émotion, d’une grande intensité. Malgré une préparation minutieuse, ce ne doit pas être évident de trouver sa place (en tant que photographe) dans ce moment très particulier qu’est l’accouchement.
    Entre le corps médical, la fatigue des parents et plus particulièrement celle de la maman, la sensation d’être en trop à ce moment donné doit traverser l’esprit.

    Après, je suis absolument d’accords sur l’importance de capturer ces moments uniques, d’une rare émotion et qui changent à tout jamais la vie des parents.

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