Il y a quelques temps déjà, vous avez pu lire l’interview d’Hélène, présidente de l’association Souvenange qui accompagne les parents en deuil périnatal grâce à la photographie. Aujourd’hui, découvrez Héloïse, photographe à Nice et bénévole de l’association. Elle nous fait par de son expérience, ses premiers pas dans cet univers brutal du deuil et son engagement.

Comment la photographie est entrée dans ta vie ?

Toute petite déjà, j’ai grandi entourée de vieux tirages et ma maman créait un nombre incroyable d’albums de souvenirs, j’ai donc toujours eu cette culture et cet amour du support papier. Mon 1er appareil argentique m’a été offert à ma 1ère communion, puis après un grave accident de moto en 2009, un réflex numérique a fait irruption dans ma vie pour passer le temps. Mes 1ers modèles étaient mes chats, la flore et les paysages environnants. Depuis j’ai pris goût pour la photographie sociale, jusqu’à en faire mon métier, ma maison est remplie des tirages et albums de nos séances de famille et je me remets doucement à l’argentique. J’ai à cœur d’imprimer les images et proposer des supports papier à mes clients, ma maman ayant tout perdu dans un incendie en 2005, je sais au combien les images sont précieuses.

Es-tu portrait ou paysage ?

Plutôt portrait, j’aime mettre en valeur la personnalité de mes clients. Faire passer un message à travers leurs expressions et lire leurs émotions dans leur regard. Mais je ne pourrais me passer de paysages pour les séances Famille en extérieur, justement pour la beauté des paysages de notre si belle région.

Quelles sont les séances photo qui ont le plus de sens pour toi ?

Les séances « Histoire de femme » permettant d’accompagner les femmes dans leur féminité, se retrouver et s’avouer qu’elles sont belles, alors même que souvent elles ne se voient plus que comme des mères ou ne parlent que de leurs complexes. J’ai d’ailleurs suivi une formation de Conseil en Image en ce sens en 2017 et me fais épauler par une maquilleuse et une coiffeuse de choc. C’est d’ailleurs aussi pour cela que j’adore mettre en valeur les futures mamans avec de belles lumières, voilages et tenues en studio,

 Tu es membre active et bénévole de Souvenange, pourquoi ? Qu’est ce qui te motive ?

Toujours dans cette démarche de mise en valeur de la femme, j’ai à cœur de la célébrer comme porteuse de vie. Quoi de + difficile que de désirer et chérir X mois durant un petit être grandissant en soi, chair de notre chair, et de le perdre avant même d’avoir pu faire connaissance avec et partager tout ce que tous les parents vivent aux côtés de leurs chérubins ?

Ce n’est pas Souvenange qui est venue à moi mais plutôt la dure réalité de la vie qui m’a amenée à Souvenange. Il y a bientôt 4 ans, une cliente dont j’ai immortalisé la grossesse deux mois plus tôt, m’appelle aux environs de la date de son terme : je l’accueille avec joie en demandant si bébé est arrivé et comprends très rapidement qu’un drame est en train de se jouer. Bébé ne vit plus, son cœur s’est arrêté, sans raison … Elle va accoucher dans les 24 heures et me demande de venir faire des photos de son petit ange.

A l’époque, je ne suis pas encore bénévole Souvenange, je n’ai même jamais entendu parler de l’Association, mais je venais de voir passer un article sur une association québécoise accompagnant les paranges grâce à la photographie.
Je prends mon courage à deux mains, je vais réaliser la séance, non sans émotion ou appréhension. J’en ressors très triste, tellement impuissante, et me sens bien seule. Je lance alors une bouteille à la mer en postant sur Facebook un statut me libérant de mon ressenti. Plusieurs consoeurs bienveillantes viennent à mon secours, pour m’épauler, et certaines me parlent de Souvenange et de sa super-présidente, Hélène ;).

Qui de mieux qu’elle pour discuter de ce que je viens de vivre. Elle est incroyable de douceur (et je ne dis pas ça car c’est devenue mon amie avec le temps), même sa voix respire la bonté, j’en ressors tellement fière de ce que je viens d’accomplir. Séduite par son écoute et sa bienveillance, je décide d’embarquer dans l’aventure, je suis alors la quinzième bénévole. 
A l’époque, l’association est toute jeune, il faut agir auprès des maternités, en leur proposant des conventions, faire parler de nous dans le milieu de la photo, et aussi faire connaître les missions auprès des soignants, des associations afférentes au deuil périnatal et des paranges.

Aujourd’hui, bien que nous soyons près de 200 photographes bénévoles, agissant tant au niveau de la retouche que de la de la prise de vue, le manque de bénévoles se fait cruellement ressentir. Le chemin parcouru est long et beau. Nous avons effectué de janvier à août 2018 autant de séances (100) que de 2014 à 2017, et nous recevons chaque semaine une dizaine de demandes de retouches.

Mon plus beau cadeau dans cet engagement a été d’apprendre que Laurie, la maman de Léandre, le 1er petit ange que j’ai photographié, attendait de nouveau un heureux événement et savoir que mes photos leur ont été tellement précieuses dans leur travail de deuil et le cheminement pour retrouver la lumière après avoir connu l’ombre.

Comment se passe ce type de « reportage » ? Comment es-tu contactée pour réaliser cette séance ?

Il y a un plusieurs process suivant si nous sommes appelés par une maternité avec laquelle nous avons signé une convention, ou si ce sont les parents directement qui nous contactent.

A Nice, nous avons une convention avec le CHU de l’Archet, et je suis la coordinatrice Souvenange pour eux. 
Les soignants du CHU de Nice proposent notre intervention dès lors où le décès du bébé est acté, et également en service de réanimation néonatale si l’état de santé du bébé s’aggrave et que l’arrêt des soins est décidé. Nous photographions le bébé au calme dans une pièce dédiée à cet effet ou en salle de soins, à l’écart.

C’est toujours le coordinateur (souvent, la 1è personne ayant eu contact avec la maternité sous convention) qui est appelé en journée (SMS la nuit) pour synchroniser l’intervention : je me déplace ou j’envoie un bénévole disponible dans le délai convenu avec le soignant référent, suivant les disponibilités de chacun, afin de réaliser la séance.

Quel est ton matériel, ta façon de dialoguer avec les parents, le corps médical, etc.

Je me déplace en maternité avec mon boitier, un 6D, ainsi que mon 50 mm1.4 et mon 28-75 2.8 macro, ainsi qu’un flash cobra et un gary-fong me permettant de pallier le manque de luminosité et aux néons plutôt agressifs du plafond de la maternité, les salles de naissance de l’hôpital de Nice ayant la particularité d’être situées au -2 et sans fenêtre. J’emmène également un oreiller rempli de bille de polystyrène et recouvert d’une housse plastique facilement lavable, que je recouvre d’un drap par la suite.

J’arrive dans le service, me présente comme photographe bénévole pour Souvenange, sans jamais parler de bébé décédé, afin de ne pas affoler les parents qui pourraient être dans les environs, aux côtés de leur bébé en soins ou en attente d’une naissance et je demande à voir le soignant référent que j’ai eu en amont au téléphone. 
Le soignant me montre la pièce mise à disposition, bien souvent on me propose un thé ou un café et on prend soin de moi. Beaucoup de bienveillance se dégage de cet acte, et de toute part. 
Je demande ensuite qu’on me prépare un drap, plusieurs langes ainsi qu’un petit bonnet-chaussette (le fameux tube en tissu noué au bout, servant généralement à protéger la peau lors de la confection d’un plâtre, qu’on met sur la tête de bébé fraîchement né pour qu’il n’ait pas froid ; ici cela servira à éventuellement cacher les choses moins jolies à voir).

Vient le moment de demander aux soignants le prénom du bébé si je ne le connais pas déjà, comment se sentent les parents, et s’ils souhaitent faire des photos avec bébé. Le soignant va ensuite informer les parents que je suis arrivée et m’amène le bébé seul, sans les parents pour l’instant.

Je débute la séance en présence du soignant, qui me laisse bien souvent seule pour la suite : avec le temps s’installe un climat de confiance et les soignants, tout en restant disponibles, nous laissent agir librement. Parfois, de nouveaux soignants, des stagiaires ou bien ceux n’ayant encore jamais découvert notre action, qu’ils soient infirmiers, sages-femmes, auxiliaires puéricultrice ou médecins, me demandent d’assister quelques minutes à une séance. J’ai pour ma part choisi de manipuler moi-même le bébé mais il est bien sûr possible de se faire aider.

L’objectif est alors de réaliser des photos douces et intemporelles de ce petit être, en faisant ressortir l’amour et non pas la mort, afin que les parents mais aussi les proches n’oublient jamais chacun des détails qui font qu’il est et restera lui, unique, et que chacun puisse avancer dans son processus de deuil, avec un souvenir intact et les yeux de l’amour.
Photos de Bébé habillé et nu, de chaque petit détail (cils, oreilles, bouche, nez, doigts), des mains et pieds, avec Doudou, la bola de grossesse, les petits chaussons confectionnés par Mamie, les alliances de Papa & Maman, les bracelets, ou tout autre accessoire choisi par les parents. Cette partie de la séance dure 15 à 20 minutes.

Ensuite viendra le moment de la rencontre avec les parents, pour me présenter, échanger quelques regards et mots avec beaucoup de bienveillance, et leur proposer de réaliser quelques photos avec eux, même s’ils ont indiqué en amont au soignant ne pas vouloir en faire. Il est de mon devoir de leur proposer une dernière fois cette photo où ils sont réunis, car ils ne pourront plus l’avoir par la suite : en leur expliquant que c’est important, d’avoir au moins une photo de leur trois mains, ou d’un portrait familial empli d’amour, sans regarder l’objectif, j’obtiens bien souvent une réponse positive, leur permettant de voir d’un autre œil cette photo de famille.

Viendra alors pour moi le moment de dire Au revoir à Bébé et à ses parents, en leur souhaitant de prendre soin d’eux et de retrouver la lumière au bout du tunnel, avec ma petite phrase bien à moi, que je garderai pour le coup, pour moi :) Un petit coucou à l’équipe soignante et je reprends le chemin de mon studio ou ma maison, musique en fond sonore, et air frais dans l’habitacle, et heureuse d’avoir apportée ma pierre pour aider ces parents.

 Après le reportage, que livres-tu ?

Une fois le reportage réalisé et les RAW sauvegardés, je prends le temps de digérer la séance et m’aérer l’esprit avec d’autres séances plus « joyeuses ». Certains bénévoles attaquent aussitôt les retouches, et d’autres ne retouchent pas du tout. Pour ma part, je retouche quasi systématiquement la séance seule, une semaine après la séance.

Dernièrement, je n’arrivais plus à me replonger dans une séance avec retouche plus complexe, d’un bébé médicalisé. Un autre bénévole est donc venu à mon secours pour prendre le relais et finaliser le post-traitement, en reprenant mon travail précédemment accompli.

Une fois cette étape de post-traitement passée, où nous adoucissons les images, en supprimant notamment les petites traces qui pourraient choquer et en atténuant les rougeurs ou noirceurs, nous livrons, en couleur et en noir et blanc, une dizaine à vingtaine d’images. Ces images sont alors imprimées sur tirage papier, disposées dans un petit coffret en carton et copiées sur une clé USB. Coffret qui sera offert aux parents, dont ils disposeront librement pour avancer dans leur deuil.

Comment gères-tu tes émotions ?

Assez simplement. Je laisse ma tristesse s’envoler avec Bébé. Je suis là pour offrir quelque chose d’inestimable à ces parents, comme j’offre de précieux souvenirs à mes clients. 
Je n’aime pas dire qu’on a l’habitude, car je crois qu’on ne s’habitue jamais vraiment à ce genre de chose. De même qu’aucun soignant ne vous dira qu’il a l’habitude de ça, mais on agira toujours avec professionnalisme, avec une mission claire et un but précis, et en prenant des « réflexes ».

Avec le temps et l’expérience, on ne voit plus que l’amour qui ressort de cette action, et on occulte la mort.

A l’instar de toute autre séance ou reportage, mon boitier me « protège » : être cachée derrière me facilite la tâche, cela me permet de rester focus sur le pourquoi je suis là, et de mieux gérer mes ressentis. Mais comme j’ai déjà pleuré de bonheur en réalisant le reportage Mariage d’un de mes couples de mariés chéris en hyper-émotive que je suis, il m’est arrivé de verser ma larme, d’avoir le cœur serré ou de frissonner. Je trouve ça plutôt sain et « bon signe » : cela veut dire pour moi que je continue de mener cette action avec le cœur et cet humanisme que je souhaite conserver aussi longtemps que j’agirai aux côtés de Hélène et de tous les bénévoles formant la grande famille de Souvenange.

Cétait le cas de cette séance avec M., dont les photos sont présentées ci et là. L’histoire familiale m’a touchée, puisque ses parents avaient déjà perdu une première petite fille (dont nous avions retouché les photos), quasi un an jour pour jour avant la naissance de M.. Deux IMG pour un même couple, c’est beaucoup… Et pour autant, c’est presque ces parents qui ont pris soin de moi. C’était ma première intervention à la maternité de l’Archet, en plein milieu de la nuit car j’avais promis à son papa, P., passionné également de photographie mais ne se sentant pas capable de faire les photos, d’intervenir dès l’arrivée de Bébé. C’était également le point de départ de la signature de la convention avec la maternité de Nice.

Quel conseil donnerais-tu à un photographe qui réalise ce type de reportage pour la première fois ?

Si je peux me permettre un seul et unique conseil, en tant que vieille branche de l’association : faire les choses avec le cœur, et avec une réelle conviction, sans se forcer, et sans se laisser influencer par les avis extérieurs. 
Bien souvent, les proches manquent de compréhension à l’égard de nos actions et c’est normal, la mort ça effraye, et de leur point de vue, c’est morbide et glauque de photographier un mort : j’ai pour ma part une chance incroyable d’être très bien entourée, par mon compagnon, ma maman, mes amis. Tous trouvent cela remarquable, comprennent l’importance de notre action et saisissent le message qu’on veut faire passer. A savoir qu’on ne photographie pas la mort mais l’Amour avec un très grand A.

Cela vient sûrement aussi du fait que j’ai toujours évoqué le sujet sans gêne, ouvertement et bien souvent découlant directement de mon métier-passion. Si bien que même mon compagnon en parle avec fierté à ses proches ou dans des soirées communes, car chacun peut être touché par ce drame, une fois le message passé, il peut servir un jour à un pote d’un ami d’ami.

Pour autant je suis ni Maman, ni directement touchée par le deuil périnatal, bien que plusieurs de mes amies sont paranges. Mais j’ai grandi avec une malformation cardiaque sans en avoir connaissance, découverte tardivement, et je n’aurai peut-être pas pu vivre si cette malformation avait empêché ma maman de mener à terme sa grossesse. Je me dis qu’elle aurait très probablement apprécié que des bénévoles comme nous lui laissent des souvenirs d’une valeur inestimable.

Logo souvenange

Comment peut-on aider l’association ?

Nous avons besoin de photographes bien sûr (j’en manque d’ailleurs cruellement sur la région de Nice pour couvrir tous les besoins de la maternité) et de retoucheurs car la demande ne cesse de grandir chaque mois. Bon à savoir : certains photographes ne sont que retoucheurs au sein de l’association, d’autres ne sont que photographes, certains comme moi font les deux.

Avec l’effectif grandissant de l’association et le nombre croissant de demandes, en lien direct avec le nombre toujours plus importants de conventions signées et la communication plus diffuse et efficace, tant de compétences peuvent nous aider : communication, psychologie, secrétariat, vidéo, web, formation, fournisseurs de boites et clés usb, etc. 
A savoir que chaque bénévole est formé et sensibilisé au deuil périnatal, accompagné, que ce soit pour la retouche ou la prise de vue, avec un pôle formation et son équipe solide, forte de 8 bénévoles formidables, épaulant chacun personnellement pour affiner ses compétences et pouvoir agir avec la bienveillance et le recul nécessaire au bon déroulement de notre mission.

Vous pouvez aider en parlant aussi de l’association autour de vous et en partageant notre site ou cet article, afin de faire évoluer les mentalités et faire passer le message ;)

Et puis, si vraiment vous n’avez ni le temps, ni les compétences, ou simplement pas l’envie ou ne vous sentez pas la force d’agir en pratique avec nous, vous pouvez simplement faire un don via Hello Asso  : ainsi, vous aidez l’association à avancer et à couvrir les frais courants plaquettes, cartes de visite, clés usb, frais postaux, frais de déplacement des bénévoles, etc). Et vous bénéficierez d’un crédit d’impôt puisque nous sommes une association reconnue d’intérêt général.

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